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Dernière épreuve pour Tania et Régine

Le rallye-raid, Aïcha des Gazelles vit au rythme des rebondissements

Au départ de ce deuxième et dernier marathon, également dernière épreuve du rallye, les trois équipages en tête de la catégorie 4X4, la plus importante de ce challenge, étaient dans l’ordre l’équipage 216 de Tania Lio et Régine Zbinden, l’équipage 267 de Jeanette JAMES et Rachelle GRESLE et l’équipage 143 de Julie KOHLMANN et Sophie FABRI.

Tout a commencé à la fin de cette première journée. Cela faisait plusieurs heures que nous avions aussi perdu de vue les équipages de tête de course, Tania et Régine, et Julie et Sophie, qui se retrouvaient de temps en temps sur les balises ou dans les dunes, seuls moments où les équipages ont le droit de rouler ensemble.

 

Nous les savions derrière nous. Aussi à la demande de Laurent nous décidâmes de les attendre au niveau de ce qui devait être leur dernière balise de la journée avant la nuit.

Quand enfin, au bout de plus d’une heure, les deux voitures arrivèrent à quelques minutes d’intervalle, nous les suivîmes pour le bivouac de la nuit : l’organisation du rallye souhaitant, dans la mesure du possible, ne pas laisser les équipages passer la nuit seuls dans le désert. Or, justement, les filles ne voulaient pas partager leurs étoiles avec les très nombreux équipages restés à la balise.

C’est donc dans les dunes qu’elles décidèrent de monter leurs tentes et nous de rester avec elles. L’ambiance était très festive, chacune mettant au service des autres ses capacités d’adaptation dans le désert. Décision fut même prise de faire un feu, histoire que le camp soit parfait. En quelques coups de machette, des branches sèches du malheureux arbuste qui poussait par là dans le sable, furent récupérées, le feu était prêt à être allumé. Le caméraman n’en manquait pas une miette, et Gaby et moi essayaient de se faire les plus invisibles possibles.

La nuit étant maintenant bien installée, elles n’y voyaient pas grand-chose. Je leur tendis discrètement, pour ne pas être dans le champ de la caméra, une tablette pour allumer le feu. Rachelle l’accepta, l’ouvrît, regarda de plus près la pâte, en me questionnant des yeux sur son mode d’emploi. Je lui mimais donc le geste de la poser au milieu des branchages et d’y mettre le feu avec une allumette (je suis assez bonne au jeu du “Time’s up“). Elle la posa donc sous les brindilles en disant à voix haute que cela sentait bon la fraise : je lui avais donné une barquette de confiture de fraise ! Éclats de rire général au beau milieu du silence du désert : les étoiles en rient encore…

Bientôt notre convivial petit bivouac improvisé fut rejoint par un équipage de novices perdu dans le noir et attiré par notre feu de camp. Les jeunes gazelles furent fortement intimidées de partager ces moments-là avec des têtes de course qui additionnaient les participations au rallye-raid. La soirée fut très drôle, arrosée de whisky-coca chaud et du champagne frais (les nouvelles ayant un frigo dans leur véhicule) offert par les sponsors le matin même sur la ligne de départ.

 

Au lever du soleil, elles redémarraient leurs journées. Bien évidemment, Gaby, bon chauffeur et connaissant parfaitement le terrain (et équipé d’un GPS, lui), put prendre des itinéraires nous permettant de les devancer sur les balises, afin de pouvoir les cueillir sur le vif pour faire des images lors de moments importants ou “photogéniques“, et de les suivre également notamment dans les dunes. Nous avons donc vécu en direct leurs plantages, leurs tankages, leurs tractages, leurs déboires, leurs complicités et leurs rires.

 

Bientôt, la journée tirant à sa fin, il leur restait encore une balise et toujours aucune trace de Jeanette avec toutes ses heures d’avance.

Empruntant un autre itinéraire, nous avons rejoint cette dernière balise de la course, qui devait fermer à 17h, pour assister aux moments de soulagement et de bonheur des équipages.

Un vent de sable s’était levé entre temps, rendant toutes traces difficiles. Les gazelles n’avaient plus de points de repère pour prendre leurs caps et roulaient à l’aveugle. Les équipages arrivaient maintenant au compte-gouttes, et ceux de Tania et de Julie, non. La tension commençait à monter chez nous : on les avait tellement suivies, elles avaient fait un tellement beau rallye, et elles allaient perdre leur podium pour quelques minutes de retard sur cette dernière épreuve. C’était vraiment top bête.

Elles arrivèrent enfin à 16h55 ! Épuisées, mais tellement heureuses. Ce sont elles qui enlevèrent la balise du sol à 17h. Jeanette étant loin devant, Tania se savait maintenant sur la seconde marche.

Petit à petit, les voitures repartirent presque à la queue leu-leu vers le dernier bivouac, et nous un peu plus tard.

 

Sur ce dernier parcours, les paysages étaient un peu monotones, mais surtout, la course étant quasiment terminée, nous nous relâchions enfin. Quand, soudain, je vis au loin notre hélicoptère faire un point fixe au-dessus d’une voiture pour finalement se poser. Me servant du téléobjectif de mon appareil photo comme paire de jumelles, je distinguais une voiture bleue. « Merde, c’est Tania » lâcha Gaby. Changement de cap, en avant toute vers cette scène incroyable : alors que le rallye était quasiment fini et que les équipages n’avaient plus qu’à rentrer au bivouac, pourquoi et comment se sont-elles mises dans une telle situation ?

Au fond d’un thalweg de gros cailloux noirs, la voiture est immobilisée, capot et portes ouvertes. Mais ce n’est pas Tania, … c’est Jeanette ! Une sécurité électronique s’est enclenchée à force de secousses violentes, et Jeanette n’arrive pas à trouver la solution pour désamorcer le système. Gaby est triste pour elle : il la connaît, lui la solution, mais n’a pas le droit de la lui donner. Il reste en retrait, les mains dans les poches et la tête dans les épaules. Rachelle, la co-équipière de Jeanette, dépitée et en colère, veut même rejoindre la piste à pied pour essayer d’arrêter un véhicule. Moment de panique, la nuit est en train de tomber, et l’hélico est reparti. Nous sommes reliés au PC course pour les informer en direct de la situation. Au loin, tout en bas, les voitures des gazelles et des assistances rentrent au bivouac, elles y seront dans 1 heure environ. Rachelle fait enfin demi-tour.

Nous, nous attendons que Jeanette déclenche le « bouton vert », ce bouton qui signifie pour elle l’appel de l’assistance, et certainement dans ce cas précis, l’abandon. Elle ne peut pas s’y résoudre.

Cela fait deux heures que nous attendons. Une équipe médicale nous rejoint. Il fait nuit noire. Il est 21h30 et nous sommes tous épuisés de fatigue, de la journée, du marathon, mais aussi du rallye. Jeanette déclenche enfin les secours, qui arrivent enfin vers 22h30. Les mécanos tentent en vain de refaire redémarrer le moteur et finissent par mettre le 4X4 sur le plateau. C’est l’abandon !

Dans la voiture qui nous ramène au bivouac, le silence est pesant. Personne n’ose parler. Jeanette, assise entre nous est tellement triste ! Triste de cet abandon, triste pour sa co-pilote, triste aussi d’être là au beau milieu du désert alors que les nouvelles de son papa ne sont pas bonnes.

C’est l’arrivée au bivouac, maintenant. Les gazelles ont été informées des mésaventures de Jeanette, et elles sont là ! Là, pour lui faire une haie d’honneur, pour leur faire une haie d’honneur. Tania aussi est là, elle a gagné, mais elle est triste, sans Jeanette, la fête n’a pas la même saveur.

Pour la petite histoire, deux soirs plus tard, lors de la soirée du gala, Tania, Régine, Julie et Sophie m’apporteront un cadeau, très cérémonieusement. Je l’accueillerai avec beaucoup d’émotion, et en l’ouvrant, je découvrirais un tas de barquettes de confiture à la fraise !

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